Histoire et architecture de la préfecture

 
La Préfecture

  

La plupart des édifices abritant aujourd’hui des préfectures ont été construits à l’origine pour une autre utilisation. Un décret de l’Assemblée constituante du 16 octobre 1790 prescrit, au nouveau pouvoir mis en place lors de la création des départements, de se loger dans les hôtels de ville ou les palais de justice et, en cas d’insuffisance, dans les biens nationaux, qui venaient d’être confisqués.

C’est ainsi que des abbayes bénédictines, comme à Angers et au Mans, l’évêché à Auxerre, l’ancien hôtel-Dieu à Rouen, et l’ancien hôtel de l’Intendance à Dijon vont être « appropriés » par l’administration préfectorale.

Le choix se fait sur la localisation de l’édifice, généralement proche du centre et des autres édifices publics, et de construction récente pour ne pas entraîner trop de dépenses en réparations.

Ce fut le cas à Orléans où la Préfecture du Loiret choisit de s’installer dans un ancien monastère.

DU PRIEURÉ DE BONNE-NOUVELLE À LA PRÉFECTURE DU LOIRET 

 

  • Des origines au XVIIe siècle 

C’est véritablement au centre historique de la ville d’Orléans que s’élève actuellement la Préfecture, puisque c’est à cet emplacement que l’on situe le forum à l’époque romaine.

Cette hypothèse était fondée jusqu’à présent sur le témoignage écrit d’un moine bénédictin, Dom Magnin, qui au XVIIIe siècle signale avoir trouvé « quantité de pierres taillées (...) employées à quelque édifice des païens ». Elle vient d’être attestée par la récente découverte archéologique d’un mur de fondation qui a pu appartenir à un bâtiment de grandes dimensions.

Une église, dont les origines restent obscures, est fondée à l’emplacement de ces constructions gallo-romaines. On peut seulement supposer, en comparant le cas d’Orléans avec celui des autres sièges épiscopaux voisins, que cet édifice dédié à Notre-Dame ait pu faire partie des sanctuaires les plus anciens qui étaient situés dans la ville antique.

  •  l’aile ouest borde la moitié de la rue Saint Germain ;

Vers 800, les chanoines de la cathédrale Sainte-Croix cèdent cet établissement à des religieuses qui accueillent et éduquent les jeunes filles. A la fin du IXe siècle, sous le règle de Charles le Gros (884-887) ou de Charles le Simple (898-923), des chanoines s’établissent à la place des religieuses. L’abbaye reçoit le vocable de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle.

Ruiné par les raids des Normands et l’incendie de 989, le monastère est relevé et richement doté par Robert le Pieux (996-1032) de deux domaines à Cravant (Loiret) et à Mulsans (Loir-et-Cher).

Au cours des XIe et XIIe siècles, l’abbaye est placée sous l’autorité de seigneurs laïcs. C’est l’un d’eux, Simon de Beaugency, qui, prenant prétexte de la décadence du monastère et voulant assurer son salut, reprend la concession à son vassal, Hugues d’Orléans et « le donne en aumône » aux bénédictins de Marmoutier-les-Tours (chartes de novembre 1149). L’abbaye est alors réduite au rang de prieuré conventuel qui vit paisiblement jusqu’au milieu du XIVe siècle.

La guerre de Cent Ans fait de grands ravages dans l’Orléanais. Non seulement la ville est assiégée en 1428-1429, mais les campagnes environnantes sont fréquemment pillées, privant ainsi les moines de Bonne-Nouvelle de la plus grande partie de leurs revenus. Faute de pouvoir vivre décemment dans leur prieuré, les moines retournent presque tous à Marmoutier, laissant un monastère à demi ruiné à la garde de quelques-uns d’entre eux.

Louis XI, qui a pris sous sa protection toutes les « Bonnes-Dames » de son royaume, afin qu’elles le protègent auprès de Dieu, vient au secours de la Dame de Bonne-Nouvelle. Car, si les bâtiments conventuels n’abritent plus, dit-on, qu’un seul moine, l’église reste très fréquentée par les fidèles de « la Paroisse de la Madelaine, qui étoit dans l’Église de Bonne-Nouvelle avant 1456 », où elle possède son autel dans la nef, et par les universitaires qui tiennent leurs assemblées dans la chapelle dédiée à Saint Jean-Baptiste. Le chœur reste réservé aux moines.

L’aspect du monastère à cette époque n’est connu que par le tracé d’un plan. Le prieuré apparaît compris dans une enceinte arrondie. L’emplacement de l’église est indiqué par le dessin du clocher. Elle est située à l’angle des actuelles rue de Bourgogne et de l’Université. Sur le côté de l’église se succèdent deux cours intérieures, dont une bordée par une galerie à arcades.

Une grande partie de la surface du prieuré est occupée par le jardin. Les maisons qui longent le côté nord de l’église et bordent la rue de l’Université ressemblent plus à des maisons particulières qu’à des bâtiments claustraux, qui devaient être réduits vu le nombre restreint de moines résidant alors.

Les guerres de Religion infligent de nouveaux dégâts au monastère récemment restauré. En 1562 et surtout en 1567, les huguenots ruinent le chœur de l’église, pillent les bâtiments et dispersent la bibliothèque. Une fois de plus, tout est à reconstruire.

  • L'installation des Mauristes  

En 1653, les bénédictins de la congrégation de Saint-Maur s’installent à Orléans. Cette congrégation, créée à partir des années 1630, avait pour but de rétablir la règle monastique. Elle s’y employa par un retour à la discipline et la reconstruction des bâtiments monastiques.

Comme dans d’autres villes, les bénédictins décident de tout refaire à neuf et entreprennent à Orléans la construction du nouveau prieuré en 1670.

  • Les projets de reconstruction  

Cette reconstruction a donné lieu à plusieurs projets, dont les plans conservés dans différents services d’archives, permettent d’étudier la démarche architecturale des Mauristes.

Les bâtiments s’inscrivent dans un quadrilatère irrégulier formé sur trois côtés par les rues de l’Université, de Bourgogne et Saint-Germain, l’angle sud-est gardant l’arrondi formé par la rue de la Charpenterie.

Les bénédictins répartissent en différents bâtiments les structures nécessaires à la règle monastique ; les lieux de vie communautaire ; le chapitre, le réfectoire, le dortoir divisé en cellules, le chauffoir, et les lieux d’accueil : salle des hôtes, infirmerie. Ces projets sont élaborés de manière interne par des moines de la congrégation de Saint-Maur. Deux lettres qui accompagnent ces plans font allusion aux projets du père Grégoire et du père Pierre.

Les bâtiments sont disposés autour d’espaces ouverts : une cour d’entrée servant de parvis à l’église, un cloître, et des cours intérieures de service.

Certains projets se distinguent par un étalement des bâtiments autour de cinq cours alors que d’autres projets rationalisent les espaces en regroupant les fonctions et en veillant à l’aspect pratique : circulation entre les étages par des escaliers à chaque angle et de nombreuses baies permettant un bon éclairage des salles.

Après avoir achevé en 1683 la reconstruction des bâtiments monastiques, les moines se préoccupent d’édifier une nouvelle église. L’architecte Guillaume Hénault, contrôleur des travaux de la cathédrale Sainte-Croix de 1684 à 1723, a pris l’initiative de dresser des plans de l’église de Bonne-Nouvelle et de les envoyer pour avis à Robert de Cotte, premier architecte du roi.

Un premier projet, de « façon moderne », est inspiré du style de la chapelle de Versailles terminée par Robert de Cotte ; rez-de-chaussée à arcades, tribunes à colonnes corinthiennes, clocher imité de l’obélisque dessiné par Jacques Lemercier pour la cathédrale d’Orléans.

Le second projet y compris la flèche, dans « l’ordre gothique », est décoré d’une multitude de clochetons et de pinacles.

Dans une lettre au duc d’Antin, gouverneur de l’Orléanais, auquel il demande d’intervenir en sa faveur, Hénault se vante de pouvoir allier les deux styles : « Le gothique et l’antique sont réunis en un même corps d’ouvrage. Le tout sy fait sentir sans confusion ni interruption de partie, quy fera un ouvrage singulier lorsque Mr de Coste, premier architecte du Roy, u ayra donné la perfection... ». Ce projet restera sans suite.

  • Les réalisations  

 Plusieurs plans, vues cavalières et descriptions permettent de reconstituer les réalisations effectuées par les Mauristes. Notamment une vue cavalière, extraite d’un ouvrage intitulé Monasticon gallicanum, datée de 1683 apporte de précieux renseignements, en donnant une représentation figurée des bâtiments, mais surtout leur identification.

En comparant cette vue avec un plan dessiné par le dominicain Didier Brillon en 1724, on peut restituer le prieuré de Bonne-Nouvelle selon l’ordonnancement suivant :

  • le monastère est organisé autour d’un bâtiment principal, construit entre un jardin au sud et deux cours au nord ;
  • le cloître (l’actuelle cour d’honneur) est limité par une aile donnant sur la rue de l’Université et séparé de la seconde cour par une aile perpendiculaire au corps principal ;
  • la seconde cour de service, est bordée à l’ouest par une aile donnant sur la rue Saint-Germain ;
  • le tout inscrit dans un quadrilatère irrégulier limité par les rues Saint-Germain, de Bourgogne, de l’Université et le jardin dominant la Rue de la Charpenterie et la Loire.

Les différentes fonctions sont réparties entre les quatre bâtiments :

  • le corps principal est composé au rez-de-chaussée du chapitre, du réfectoire, d’une dépense (sorte de garde-manger où étaient stockés le pain, le vin et les fruits), de la cuisine, de la salle des hôtes, et au 1er étage du dortoir ;
  • l’aile abrite au rez-de-chaussée la sacristie, le grand escalier d’accès aux étages du corps principal et au 1er étage, le chauffoir et la bibliothèque ;
  • l’aile médiane, entre les deux cours, comprend au rez-de-chaussée une grande salle et au 1er étage, l’infirmerie ;
  • l’aile ouest dont la partie sur le jardin semble réservée aux hôtes et la partie bordant la rue Germain, aux écuries et à un grenier.

Mais comme de nombreuses vues du Monasticon, celle-ci n’est pas tout à fait exacte. Le bâtiment figuré comme fermant la seconde cour au nord, le long de la rue de Bourgogne, n’a jamais été réalisé. C’est le Département du Loiret qui fera construire à cet emplacement un bâtiment administratif, au XIXe siècle. Seule l’aile ouest fut prolongée sur le jardin, formant un angle avec le corps principal, alors que l’aile est, est restée dans l’alignement de ce dernier.

L’église ne correspond ni à celle qui fut ruinée pendant les guerres de Religion, ni à plus forte raison à celle qui sera construite au XVIIIe siècle, mais dont cette vue aurait pu indiquer le projet.

De cette dernière église, comme de la précédente, nous ne possédons pas la moindre représentation. Nous n’avons, pour nous faire une idée, que la description rédigée par Daniel Polluche en 1778 : « La nouvelle Église bâtie sur l’emplacement de l’ancienne, qui étoit, à ce qu’on croit, du 8e ou 9e siècle, et que l’on a démolie en 1740, est d’assez bon goût d’architecture. Elle est richement décorée au-dedans par des marbres et des dorures. »

De cet ensemble, il ne reste que quelques tableaux conservés au Musée des Beaux-Arts d’Orléans.

  • Le monastère devient l'hôtel de la Préfecture  

A la Révolution, le monastère de Bonne-Nouvelle est déclaré bien national et évalué 50.000 livres le 26 octobre 1790. Quelques jours plus tard, les derniers moines le quittent et le directoire du tout nouveau département s’y installe en décembre 1790. Lorsque, en 1800, Bonaparte met en place les Préfets, celui du Loiret, Jean-Philibert Maret, s’installe dans l’ancien couvent de Bonne-Nouvelle.

D’après les chroniqueurs de l’époque, « les Préfets s’estimaient mal logés dans ce bâtiment situé dans le plus vilain quartier de la ville. L’accès à travers des ruelles étroites en était si incommode que la voiture préfectorale versa plus d’une fois. Seuls étaient habitables les appartements de réception situés au rez-de-chaussée. »

Deux projets datés de 1804 et 1807 montrent l’adaptation du bâtiment à sa nouvelle fonction. Le corps principal réservé au chapitre, au réfectoire et à la cuisine des moines est attribué au Cabinet du Préfet et aux salles de réception, les appartements du Préfet sont situés dans l’ancien dortoir à l’étage supérieur. L’aile ouest longeant la rue Saint-Germain reste dévolue aux écuries et à d’autres salles utilitaires.

L’aile médiane réservée à l’infirmerie est utilisée, dans un projet, pour une galerie, dans un autre pour la cuisine. L’aile est, longeant la rue de l’Université, est destinée à l’aménagement des bureaux. L’Église est détruite en 1807 lors de l’aménagement de la Préfecture, permettant de prolonger ces deux ailes jusqu’à la rue de Bourgogne par deux bâtiments en équerre, l’un pour le corps de garde, l’autre pour le portier.

Ces deux petits bâtiments symétriques encadrent le portail d’entrée et ferment ainsi la cour d’honneur, mais de manière partielle. Le corps principal retrouve ainsi le plan traditionnel de l’hôtel particulier entre cour et jardin.

C’est seulement sous le second Empire que des travaux importants vont être effectués. Le bâtiment situé en bordure de la rue de Bourgogne, à l’ouest de la Préfecture actuelle, fut édifié à cette époque, comme l’illustre la décoration de la façade, la modénature et les piédroits des ouvertures. Cette construction était destinée en particulier à abriter, au rez-de-chaussée, la police ainsi que le service du télégraphe récemment créé.

  • Le plan général d'aménagement de 1861 

Lors de sa session d’août 1861, le Conseil Général décidait de faire procéder à la restauration et à l’aménagement de l’hôtel de la Préfecture. Un plan, dressé par Waldémar Clouet alors architecte de la ville, intitulé « Plan général des bâtiments de la Préfecture et des propriétés avoisinantes » permet de se représenter la disposition des bâtiments.

Le corps principal n’a pas encore été transformé ; le bâtiment en alignement de la rue de Bourgogne, abritant la police et le télégraphe est déjà construit. L’aile est, qui primitivement s’arrêtait au niveau du corps principal, est prolongée sur le jardin.

Le projet de modification de la façade nord du bâtiment principal ainsi que son agrandissement figure sur ce plan où il apparaît en carmin, ainsi que le prolongement du corps de bâtiment en retour, situé en bordure de la rue de l’Université, et ce jusqu’à la rue de Bourgogne. De nombreuses propriétés privées subsistent à la limite sud de la Préfecture. Ces immeubles sont indiqués comme devant faire l’objet d’acquisition par le Département en vue de leur démolition.

Ce plan général est fort précieux puisqu’il fait figurer, en plus de la situation des constructions qui constituaient le prieuré de Bonne-Nouvelle, les opérations réalisées, ainsi que les projets nécessaires à l’aménagement et à l’agrandissement de l’hôtel de la Préfecture.

  • L'aménagement du bâtiment central. 

Ce bâtiment avait, à l’origine, une largeur correspondant à deux séries de cellules desservies par un couloir central, soit 8 mètres environ hors œuvre. Cette disposition ne permettait pas d’aménager les salons de réception du rez-de-chaussée et moins encore les bureaux des étages de la nouvelle Préfecture.

Waldémar Coulet procéda donc à l’élargissement du bâtiment en construisant, au nord de la façade d’origine et à une distance d’un peu plus de 4 mètres de celle-ci, la nouvelle façade de l’actuelle Préfecture. Le mur de façade nord, d’origine, dont l’ordonnance était sensiblement la même que celle de la façade sud sur le jardin, devenait ainsi un refend longitudinal dans lequel furent percées les ouvertures donnant accès aux salons de réception du rez-de-chaussée, ainsi qu’aux divers locaux situés aux étages supérieurs.

Cette adjonction entraîna la modification de la toiture et la réalisation d’un imposant retroussis très visible de l’extérieur, correspondant à la ligne de changement de pente du versant nord de la toiture d’ardoise.

Les transformations du bâtiment au cours du XIXe siècle s’étaient accompagnées d’une volonté de modifier les abords de la Préfecture.

  • Les amélioration des abords de la Préfecture.  

La Préfecture est située à l’intérieur de la première enceinte d’Orléans construite au Bas-Empire. Le tissu urbain du quartier est constitué par un parcellaire de dimensions particulièrement réduites et d’une grande densité pour le bâti.

Dès sa nouvelle affectation, on s’efforça d’améliorer les abords immédiats en achetant et en démolissant des immeubles privés situés au sud, afin de dégager cette partie de la propriété et d’en rectifier les limites. Mais il semble bien que les Préfets, dès leur installation dans cette nouvelle Préfecture, manifestèrent le désir de voir améliorer la voie publique qui conduisait de la cathédrale à ce nouvel hôtel administratif.

L’actuelle rue Pothier est jugée trop étroite (6,50 mètres au maximum). Un plan d’aménagement, avec un projet des façades à édifier après reculement, fut dressé par François Pagot, le 20 juin 1810. La nouvelle largeur de la rue est fixée à 10 mètres et l’ornementation des façades conçue de manière simple : des pilastres au rez-de-chaussée et une corniche courante en partie haute.

Les travaux sont menés très rapidement puisqu’ils sont achevés vraisemblablement vers octobre ou novembre 1810. Les Préfets à cette époque auraient souhaité que cette rue nouvellement élargie reçoive le nom de « rue de la Préfecture ». Certains Orléanais auraient préféré conserver le vieux nom de « rue de l’Ecrivinerie ». Le maire choisit d’honorer le célèbre juriste Robert Joseph Pothier en donnant son nom à la rue où il avait vécu au XVIIIe siècle.

Un autre projet d’embellissement des abords de la Préfecture fut conçu en 1861. Il s’agissait de dégager une place devant la façade nord du bâtiment, qui venait d’être transformée. Cet aménagement avait l’inconvénient d’entraîner la démolition de la Salle de Thèses, ancien bâtiment universitaire du XVe siècle, qui est devenu le siège actuel de la Société Archéologique et Historique de l’Orléanais. Après de nombreuses discussions et interventions, ce projet fut finalement abandonné.

Au cours du XXe siècle, ce furent surtout des modifications à l’intérieur qui furent apportées aux bâtiments de la Préfecture pour des aménagements destinés aux services administratifs. La modification la plus sensible a été après 1945 le remplacement des deux portes latérales de la grille par une porte centrale de l’axe de la rue Pothier.

DESCRIPTION ARCHITECTURALE

La Préfecture est composée de cinq corps de bâtiments, un jardin et un mur d’enceinte formant un quadrilatère irrégulier.

Le plus important par sa superficie est le corps principal orienté parallèlement à la Loire. Sa façade nord donne sur la cour d’honneur, la façade sud sur le jardin.

Trois ailes sont placées perpendiculairement à ce corps principal :

  •  l’aile est borde la rue de l’Université jusqu’à la rue de la Charpenterie ;
  •  l’aile médiane permet une séparation entre la cour d’honneur et la cour de service.

Le cinquième corps de bâtiment parallèle à la rue de Bourgogne ferme ainsi la seconde cour.

  • Le bâtiment principal 

La façade nord de la cour d’honneur

Destinée à illustrer la solennité du pouvoir administratif, elle fut plaquée en 1861 sur la façade de la fin du XVIIe siècle. L’élévation sur trois niveaux est accentuée par une division horizontale du décor architectural : au rez-de-chaussée, parement à bossages, et division des deux étages supérieurs par un bandeau de pierre.

L’axe vertical est renforcé par un avant-corps central saillant comportant, à chaque étage une ouverture en plein cintre, encadrée de deux colonnes doubles et de deux pilastres cannelés au deuxième étage, et surmontée d’un fronton courbe dont la partie inférieure s’aligne sur la corniche. Selon la théorie des trois ordres, chère aux architectes qui veulent renouer avec le goût antique, les chapiteaux sont au rez-de-chaussée d’ordre dorique, au premier étage d’ordre ionique et au deuxième étage d’ordre corinthien.

Les ouvertures courantes, situées à l’étage noble de cette façade, ainsi que celles des façades est et ouest en retour, ont un fronton triangulaire, soutenu par des volutes. Celles du second étage n’en possèdent pas, mais leurs trumeaux sont décorés de pilastres semblables à ceux de l’avant-corps central à ce niveau.

Le raccordement de cette nouvelle façade avec les bâtiments situés de part et d’autre, se fait par deux petites constructions à un niveau, à plan en quart de cercle, dont la terrasse de couverture est traitée dans le même esprit que les balcons à balustres en pierre de taille de l’avant-corps central et des fenêtres du premier étage.

Le décor de la façade principale a été continué sur les deux ailes en équerre, situées sur la cour d’honneur afin de créer une composition symétrique.

Enfin, la décoration de ces façades est complétée sous le premier bandeau, par dix médaillons sculptés représentant les armoiries des chefs-lieux d’arrondissement et de canton de l’époque : Orléans, Montargis, Pithiviers, Gien, Courtenay, Puiseaux, Beaugency, Jargeau, Sully et Patay.

La façade sud

Donnant sur le jardin, cette façade est le seul témoignage visible de l’aspect qu’avait le prieuré de Bonne-Nouvelle, construit par la Mauristes à la fin du XVIIe siècle. L’élévation sur trois niveaux se caractérise par une grande sobriété.

Un bandeau de pierre sépare les étages et un simple encadrement de pierre entoure les fenêtres. La partie centrale de la façade n’est soulignée que par le fronton triangulaire, percé de trois ouvertures qui surmonte la corniche. Deux petits frontons placés de part et d’autre encadrent cette composition centrale.

L'aile ouest et l'aile médiane

Les corps des bâtiments donnant sur cette cour de service datent également de la reconstruction mauriste et on retrouve, comme sur la façade sud, la sobriété du décor du XVIIe siècle, ainsi que le petit fronton latéral, percé de deux ouvertures. La seule petite fantaisie décorative étant l’utilisation de claveaux arrondis à chaque extrémité de l’encadrement supérieur de la fenêtre et à l’extrémité inférieure des jambages à l’aplomb du bandeau de pierre.

Le pignon nord de l’aile médiane a également reçu une décoration sculptée. Deux cartouches verticaux au profil de tore encadrent de part et d’autre les ouvertures du premier et du deuxième étage et au sommet du pignon, un blason malheureusement bûché surmonté d’une couronne royale orne le centre du fronton triangulaire. Au rez-de-chaussée, une porte encadrée de deux pilastres est surmontée d’un fronton courbe. On retrouve ce même type de porte sur l’aile est, du côté de la cour d’honneur. On peut supposer qu’il s’agit d’un remploi lors des aménagements au XIXe siècle. Cette porte devait être placée de manière symétrique sur le pignon nord de l’aile est, le pignon ayant été supprimé et l’aile prolongée, la porte a été replacée sur la nouvelle façade.

Le corps du bâtiment construit sous le Second Empire parallèlement à la rue de Bourgogne, et le pavillon de la Conciergerie, placé à l’extrémité nord de l’aile est, ont été conçus de manière analogue :

  •  élévation à trois niveaux, séparés par un bandeau de pierre ;
  •  encadrement des fenêtres par des claveaux de pierre combinant différentes formes géométriques ;
  •  la porte principale de l’ancien poste de police est agrémentée d’un cartouche portant l’inscription « Conciergerie » évoquant sa fonction passée ;
  •  les portes de l’autre bâtiment attribué autrefois à la police et au télégraphe sont ornées au niveau du linteau, de l’aigle impérial, les serres posées sur une couronne végétale, encadré à gauche par une branche de laurier, à droite par une branche d’olivier.

La distribution intérieure

Elle témoigne du rôle officiel des Préfets au XIXe siècle, qui doivent recevoir les notables du département, la politique se jouant aussi bien dans les salons que dans les bureaux.

Le corps principal abrite ainsi au rez-de-chaussée la galerie dite des glaces, dans la partie agrandie en 1861, et les salles de réception : salons, salle à manger ; au premier étage, le cabinet du Préfet et une partie de ses appartements, notamment les chambres où logeaient les hôtes de marque en déplacement dans le département : chefs d’État français ou étrangers, ministres ; le deuxième étage est également partagé entre une partie réservée aux appartements privés ou d’accueil pour les hôtes officiels et l’autre partie aménagée en bureaux pour la fonction administrative.

Une des parties remarquables de l’aménagement intérieur de la Préfecture est l’escalier, placé à l’extrémité est du corps principal, il demeure aussi un des vestiges du prieuré. Escalier d’accès au dortoir, à l’époque des moines, il se caractérise par son ampleur.

Composé de volées suspendues, sa rampe en ferronnerie est ornée d’initiales non identifiées : sur un palier, la lettre « L » dorée, sur un autre palier, les lettres « B, I » qui de couleur noire, comme la rampe, se confondent avec les entrelacs du décor. Cet escalier porte en haut la date de 1680, qui doit correspondre à celle de son achèvement

La restauration réalisée en 2008 a repris le décor connu au XIXe siècle (des travaux de restauration avaient été entrepris sous le Second Empire), à savoir un lustre central, des sols en calcaire de Beauce et ardoise et des murs en découpe fausse pierre.

Les sondages effectués pour la restauration ont révélé 7 décors successifs mais les décors d’origine avaient disparu.

Les tableaux de l'ancienne église de bonne-nouvelle

Le musée des Beaux-Arts d’Orléans conserve, dans ses collections, un ensemble assez exceptionnel de peintures réalisées entre 1759 et 1762 pour le décor de l’église du monastère, parmi les rares vestiges de la décoration de ce riche couvent.

De ce décor disparu, on ne connaît que celui reçu par l’église. Après sa reconstruction, pour l’orner le prieur fait appel à d’importants peintres parisiens sur les conseils d’Aignan-Thomas Desfriches (1715-1800).

Ce riche négociant orléanais, amateur d’art éclairé, collectionneur et dessinateur lui-même, avait été l’élève de Nicolas Bertin et de Charles-Joseph Natoire. Durant son séjour dans la capitale, de 1732 à 1738, le jeune homme s’est forgé un solide réseau d’amitiés parmi les artistes de son temps. Lié surtout à Cochin, Perroneau, il a fréquenté également Maurice Quentin de La Tour, Chardin, Vernet et Pigalle parmi tant d’autres artistes des dernières décennies du XVIIIe siècle. Cet homme agréable et éclairé fait figure de conseiller dans le domaine des arts auprès des échevins de la ville, mais également des riches couvents de la cité comme celui des bénédictins de Saint-Maur ou des fabriciens de la paroisse Saint-Pierre du Martroi, auxquels on doit la commande des tableaux du chœur au peintre Jean Restout.

Seule une description sommaire des œuvres d’arts abritées dans l’église du couvent rédigée en 1778 par Daniel Polluche à l’intention des visiteurs de la ville nous est connue. Elle énumère les principaux tableaux ornant l’édifice : « les tableaux qu’on y voient en assez grand nombre sont des meilleurs maîtres modernes. On distingue surtout celui du maître-autel qui représente le Jardin des oliviers  qui est du bon temps de Jouvenet ; le sublime tableau de Saint Benoît recevant le viatique  de M. Deshays. MM. Hallé, Vien, Restout, Pierre, etc... ont donné dans les autres les preuves de leur talent. La coupole est de M. Parrocel ».

La plupart de ces peintures ont été heureusement préservées des destructions révolutionnaires par leur saisie au profit de la Nation, probablement dès l’automne 1790. On les retrouve par la suite dans les divers inventaires des dépôts révolutionnaires puis accrochées aux cimaises du premier muséum, ouvert aux Orléanais dès 1798 dans l’église Saint-Maclou. Lors de la fermeture de ce premier établissement muséographique, en 1804, ces œuvres seront provisoirement présentées dans la cathédrale Saint-Croix, où va demeurer le Jardin des oliviers de Jean Jouvenet, avant de regagner le nouveau musée d’Orléans en 1825.

Le décor de la coupole dû à Charles Parrocel (1688-1852) a disparu peut-être lors de la destruction de l’église en 1807. On n’en connaît malheureusement aucune représentation ancienne.

Deux toiles au moins n’ont pas fait l’objet d’une commande à des artistes vivants, le tableau du maître-autel dû à Jean Jouvenet (1644-1717) et celui ornant la coupole probablement dû à Charles Parrocel décédé en 1753. Ces deux tableaux peints par des artistes déjà disparus, ont pu être acquis sur le marché de l’art, ou auprès de leurs héritiers, peut-être grâce à l’intermédiaire d’Aignan-Thomas Desfriches ou, pour l’œuvre de Jean Jouvenet, par son élève et neveu Jean Restout.

C’est cependant un magnifique ensemble de toiles qui est commandé entre 1759 et 1762 à des artistes parisiens déjà très réputés et au faîte même parfois de leur carrière. Dès 1759 sont peints la Salutation angélique de Jean Restout, le Christ et les disciples d’Emmaüs de Joseph-Marie Vien, la Fuite en Égypte de Noël Hallé ; en 1761, Jean-Baptiste Deshays réalise le bouleversant Saint Benoît recevant le viatique et en 1762, Noël Hallé achève son Saint Martin devant Valentinien. La toile de Jean-Baptiste-Marie Pierre, la Résurrection, longtemps attribuée à Joseph-Marie Vien, n’est pas précisément datée mais semble avoir été réalisée dans les mêmes années, vers 1759-1762, elle constitue probablement par son format le pendant du tableau de Joseph-Marie Vien exécuté en 1759.

Noël Hallé (1711-1781), Jean-Baptiste-Marie Pierre (1713-1789), Joseph-Marie Vien (1716-1809) appartiennent à la même génération d’artistes nés dans les années 1710 qui va pleinement participer au renouveau de la peinture d’histoire prônée par les surintendants successifs des Bâtiments du Roi et par le directeur de l’Académie dès le milieu du siècle, et dont Jean-Baptiste-Marie Pierre se fera l’un des principaux artisans à la tête de cette prestigieuse institution.

Jean Restout (1692-1762) est déjà un artiste réputé, il appartient à une toute autre génération et a fortement été marqué par son apprentissage auprès de son oncle Jean Jouvenet. Il est familier d’Orléans où il a réalisé en 1738 les tableaux du maître-autel de l’église Saint-Pierre du Martroi, toujours conservés in-situ. On lui doit l’une des œuvres majeures de cet ensemble, la Salutation angélique, peint en 1759 qui s’affirme par la théâtralité très rococo de sa mise en image où l’intercession du divin apparaît suggérée dans une nuée lumineuse et baroque propre à magnifier l’événement.

Le tableau de Jean-Baptiste-Marie Pierre, mais surtout de celui de Joseph-Marie Vien annoncent la venue d’un sentiment plus classique dont la prépondérance va s’affirmer avec David dans le dernier quart du siècle des Lumières.

L’œuvre de Joseph-Marie Vien présentée au Salon de 1759 a fait l’objet d’une longue polémique entre l’artiste et le père prieur commanditaire de la peinture. Cette querelle nous est relatée dans plusieurs courriers adressés par Joseph-Marie Vien et d’Aignan-Thomas Desfriches qui avait servi d’intermédiaire. Le père prieur était intervenu une première fois pour la modification de la figure du Christ figuré en l’air dans l’esquisse qui lui avait été soumise. Peu après la mise en place du tableau, il intervient à nouveau pour demander de nouvelles modifications dans la figure du Christ qu’il trouvait trop nue.

Le Saint Benoît recevant le viatique de Jean-Baptiste Deshays, peint en 1761, peu avant la mort prématurée de cet artiste prometteur, a été considéré tout au long du XVIIIe siècle comme son chef-d’œuvre. Diderot, dans ses critiques du Salon de 1761, avait tout particulièrement remarqué cette toile de son ami, il notait la vérité et le sublime de cette figure mourante du saint prônée en modèle et en exaltant la vertu.

LE MOBILIER ACTUEL

L’ameublement de la Préfecture d’Orléans n’a pas été constitué d’une dotation spécifique comme ceux des édifices publics, tels l’Hôtel de Ville de Tours ou l’ancien Hôtel de Ville d’Orléans, dont la transformation, la construction ou l’ameublement sont réalisés en une opération principale, marquante par le parti décoratif choisi.

Il s’est au contraire constitué progressivement à l’occasion des adaptations et aménagements dont l’édifice a été successivement l’objet depuis l’installation du premier Préfet en 1800. A-t-il compris dès ce moment, parmi les meubles du XVIIIe siècle présents aujourd’hui dans l’édifice, quelques pièces de l’ancien mobilier du monastère ? Rien ne peut plus l’attester après la destruction de nombreux fonds d’archives en 1940.

Quant aux tableaux accrochés dans les salles de réception ou les appartements privés du Préfet, ils appartiennent aux collections du Musée des Beaux-Arts d’Orléans.

Bibliographie : Orléans. La préfecture. Ancien prieuré de Bonne-Nouvelle. Itinéraires du patrimoine, n° 134.-DRACdirection régionale des affaires culturelles Centre, service de l’inventaire, 1997.

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